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Pourquoi ne m’a-t-il rien dit ? Tome II

18,00

À l’imparfait du subversif (1945 – 1974)

De part et d’autre du Rhin, rivière de feu et de glace, les familles désarticulées tentent de revivre à la fin de la seconde déflagration mondiale, osant commencer une autre histoire. Les Picard, les Michaux, les von Schatzfelden ont des enfants : en somme, ils ont un avenir. Qu’en feront-ils, ces enfants du chaos ? Eux aussi seront témoins d’un autre âge : la « guerre froide ». C’est peut-être bien là que le feu a vraiment gelé et la rivière a brûlé, au Vietnam et ailleurs. Ils inventeront un printemps d’espoir qui sera bruyamment fêté puis précipitamment calmé, un moment d’utopie sans lendemain qui chante.
Suivons les nouvelles pousses dans cette période foisonnante des années 1945 à 1974. Regardons-les vivre à l’imparfait du subversif, quand ils osent approcher la liberté. Le temps de la réponse approche, pourquoi ne lui ai-je rien demandé ?

ISBN : 978-2-491046-25-5 Collection:
Poids 450 g
Dimensions 21 × 15 × 2.6 cm
Série

La Blanche

Laurent Tellier

Picard de naissance, naturalisé Cantalien, il a exercé le très beau métier d’infirmier en psychiatrie de l’enfant avant de passer une maîtrise en sociologie puis faire une petite carrière comme maire de Marmanhac de 2001 à 2012, une des plus belles expériences de sa vie. La passion du livre aidant, il a tenté l’aventure de l’écriture en s’appuyant sur ses autres intérêts : sa famille, en premier, l’histoire, la Sarre (Saarland), la musique et la philatélie, en n’oubliant jamais celle des hommes et des femmes, comme ils sont, sans jugement. L’aventure humaine reste un sujet inépuisable, elle permet aussi d’oser se proposer au jugement des autres, voilà ce qui l’intéresse. Militant de la cause de la vallée des Poètes, il m’inscrit dans cette belle filiation avec humilité et enthousiasme.

Extrait

1945, année zéro. Il y avait, juste après-guerre, une petite blague qui circulait, comme pour conjurer l’avenir : « L’année mil neuf cent brouettes, l’année où le feu a gelé et la rivière a brûlé. » J’ai toujours pensé qu’il y avait dans ces mots juxtaposés en sorte d’oxymores une sorte de résignation et de perte d’espoir, comme si, mais il ne faut pas le dire ainsi, un jour, tout recommencera. Il faut dire que pour la plupart d’entre eux, ces gens ont connu 14 et 40, vous comprenez, jamais deux sans trois. Bon, ils ont oublié 1870, mais ils ne l’ont pas connue, celle-là. Alors, parler de « la fin des âges de la barbarie », de « sortir du cauchemar », ce n’est pas leur vocabulaire, c’est celui des nouveaux prophètes, il faut juste pouvoir rêver pour imaginer. On entend partout qu’il faut reconstruire et se reconstruire. Se réveiller, mais pour quoi faire ? Constater l’immensité du néant, les ruines dans les villes, les ruines dans les esprits, et la question essentielle de sa propre survie quand on a eu le hasard (il sera bon quand même d’y regarder de plus près) d’être encore là, perdu au milieu de nulle part. C’est quoi l’avenir pour ces gens-là, sinon une page blanche que l’on va recommencer à remplir, en jetant aux oubliettes toutes celles que l’on a eu tant de mal à écrire avant le chaos, celles des va-t-en-guerre, celles des pacifistes. Penser l’avenir ? C’est de la divination et pourtant, c’est nécessaire, c’est une chance, le monde sera « nouveau ». Comme si être là, hagard, dans cette année inaugurale d’un monde nouveau, était une opportunité. La chance, c’est juste la bonne excuse, celle qui permet de ne pas se fatiguer les neurones. Est-ce qu’ils en ont envie, tous ces gens qui regardent leurs ruines, de se fatiguer les neurones ? C’est qu’il faut manger pour vivre, n’est-ce pas ?
Gottfried von Schatzfelden, lui, a fait semblant de croire au miracle millénaire de l’Empire, maintenant, il imagine un futur radieux dont « la révolution soviétique apaisée va poser les jalons » (c’est de lui, ne cherchez pas). La franche camaraderie, l’égalité dans la fraternité et, accessoirement, la liberté comme écrin à ce bijou donné à l’humanité. Enfin, il faut bien le dire, les idéaux auxquels il se raccroche sont toujours des moyens pour y trouver des bénéfices personnels. Gottfried n’a en vérité qu’un seul idéal : le sien. Oh, il ne faut pas lui jeter la pierre trop facilement ! Il n’est pas une exception, qui peut croire sans sourciller que ce n’est pas ce qui nous motive, tous autant que nous sommes ? On y met les formes, on y va à pas feutrés ou comme un éléphant dans un magasin de porcelaine, mais on cherche tous à tirer notre épingle du
jeu, sans nous piquer, d’une façon ou d’une autre, dans le monde qui nous entoure, il ne faut pas se raconter d’histoires. Ce n’est pas de la lâcheté, celle qui condamne les autres, non, c’est quelque chose qu’on appelle l’instinct de survie. Pour soi, uniquement pour soi. Et comme tout le monde fait la même chose, pardi, c’est conflictuel, tout cela.

Collection Romans
Type Livre broché
Année de parution 2020
Nombre de pages 348
Poids 450 g
Dimensions 21 x 15 cm
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